Félix Guattari et l’écologie existentielle
Le philosophe et psychanalyste Félix Guattari (1930–1992) est connu pour son œuvre en collaboration avec Gilles Deleuze (L’Anti-Œdipe, Mille Plateaux), mais aussi pour sa pensée singulière. Dans son livre Les Trois écologies (1989), il propose une vision originale et toujours actuelle : l’écologie ne se limite pas à la nature, elle concerne aussi nos relations et nos subjectivités.
Les trois écologies selon Guattari
Guattari distingue trois dimensions interdépendantes :
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Écologie environnementale
→ L’attention portée aux écosystèmes, aux ressources de la Terre, au climat. -
Écologie sociale
→ Les relations humaines, les institutions, la vie collective. -
Écologie existentielle (ou mentale)
→ Nos subjectivités, nos désirs, nos imaginaires, notre rapport intime au monde.
Son intuition : prendre soin de la planète implique aussi de prendre soin de nous-mêmes et de nos modes de vie intérieurs.
La collaboration avec Gilles Deleuze
Félix Guattari a longtemps travaillé aux côtés de Gilles Deleuze. Ensemble, ils ont écrit deux ouvrages majeurs :
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L’Anti-Œdipe (1972)
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Mille Plateaux (1980)
Ces deux tomes, regroupés sous le titre Capitalisme et schizophrénie, critiquent les logiques de pouvoir qui traversent la psychanalyse et la société capitaliste.
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Guattari apportait son expérience clinique et existentielle (il travaillait à la clinique de La Borde).
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Deleuze développait une approche conceptuelle et philosophique.
Ensemble, ils inventaient une manière nouvelle de penser le désir et la subjectivité : non pas comme quelque chose à contrôler, mais comme une force créative.
L’écologie existentielle
Dans la continuité de ce travail, Guattari insiste sur la nécessité d’une écologie de la subjectivité :
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Nos vies intérieures ne sont pas isolées du monde.
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Nos désirs, nos images et nos affects participent des équilibres sociaux et environnementaux.
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Transformer notre rapport au monde passe aussi par inventer de nouvelles pratiques existentielles : artistiques, relationnelles, corporelles, spirituelles.
Il ne s’agit pas seulement de protéger la nature, mais aussi de cultiver nos jardins intérieurs, de créer des subjectivités ouvertes, sensibles et créatives.
Une vision actuelle
Aujourd’hui, à l’heure des crises écologiques, sociales et existentielles, la pensée de Guattari reste d’une actualité brûlante :
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L’urgence climatique exige des changements concrets dans nos modes de production et de consommation.
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Mais sans une transformation de nos imaginaires, de nos désirs et de nos façons de vivre, ces changements risquent de rester superficiels.
L’écologie existentielle nous invite à réinventer :
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notre rapport au corps,
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nos relations aux autres,
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et notre manière d’habiter la Terre.
Conclusion
L’écologie existentielle de Félix Guattari rappelle que la véritable écologie est globale : elle inclut la Terre, la société et la psyché.
Prendre soin de l’environnement, c’est aussi prendre soin de nos subjectivités et inventer des modes de vie plus sensibles, créatifs et solidaires.
Une vision qui prolonge, dans un autre registre, la collaboration féconde entre Guattari et Deleuze, et qui résonne profondément avec nos enjeux contemporains.
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